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Cécile Duflot, la ministre qui immobilise l’immobilier

Les professionnels de l’immobilier vivent dans la crainte de la prochaine tuile. Réglementaire, législative, fiscale ?

Excédés, ils se lâchent publiquement contre leur ministre, Cécile Duflot, qui a réussi à fédérer la profession contre elle.

Insubmersible. Cécile Duflot traverse les tempêtes sans giter ni changer de cap. Au risque de sortir rincée de ces années au gouvernement. Loi après loi, deux déjà après dix-huit mois, auxquelles s’ajoutent quatre ordonnances, la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement a réussi à liguer tous les professionnels du secteur… contre elle. Certes, une manifestation d’agents immobiliers à Bordeaux, le 18 octobre dernier, n’a pas mobilisé les compagnies de CRS, ni les foules. D’autant que les frondeurs en costume-cravate étaient moins d’une centaine et ne menaçaient ni la ministre, annoncée à un colloque ce matin-là mais finalement à l’autre bout de la France, ni l’ordre public. Mais ces professionnels n’ont pas pour habitude de descendre dans la rue. Légitimistes, ces chefs d’entreprise utilisent plutôt les voies institutionnelles. Les petits s’adressent à leurs syndicats professionnels. Les grands s’épanchent à l’oreille de lobbyistes ou directement auprès des quelques parlementaires capables d’avoir une pensée argumentée sur le logement. Ces temps-ci, même ces canaux-là semblent asséchés… Si bien que ces « go-between », traditionnellement discrets, prennent parti et se lâchent publiquement. Ainsi de la Fnaim, qui regroupe une bonne partie des agents immobiliers, et de l’Unis, qui fédère les autres. Ils boudent. Et refusent de fournir au ministère les données statistiques indispensables à la mise en place des observatoires pour l’encadrement des loyers. Des tribunes fleurissent tous les jours, fustigeant les « élucubrations » du gouvernement, la « nocivité » de la loi Alur (pour « Accès au logement et un urbanisme rénové »). La contestation gronde à l’intérieur même de l’actuelle majorité, d’où Christophe Caresche, député socialiste de Paris, a tweeté son scepticisme sur le texte, lors de son examen au Sénat. Tandis que même à Matignon, le Conseil d’analyse économique juge la garantie universelle des loyers (GUL) et leur encadrement, deux clefs du texte de loi, techniquement ingérables et contre-productifs. Il faut du temps pour apprécier les effets d’une réforme. Surtout dans ce secteur à l’inertie réputée. Soit. Mais dix mois après sa mise en place, le dispositif de défiscalisation Duflot, qui remplace le Scellier, n’a pas encore fait ses preuves. Censé relancer la production de logements locatifs, ce nouveau système que les promoteurs ont rebaptisé « Duflop » n’a pas endigué la fuite des investisseurs. Trop encadré, trop rigide, trop instable, il requiert des conditions quasi impossibles à réunir pour assurer une rentabilité correcte. Le nombre de Duflot ne devrait pas dépasser 15.000 cette année, le gouvernement tablait sur le triple. La loi de mobilisation sur le foncier public n’a pas encore non plus produit ses effets. Quelques terrains ont changé de mains et le décret est enfin paru autorisant la SNCF, RFF, la RATP ou VNF à céder leurs parcelles moins chères. Enfin, la ministre n’y est pas pour grand-chose mais les allers et retours sur les plus-values immobilières, pilotés par Bercy et finalement incompréhensibles, n’ont pas aidé à débloquer le marché. Il y a dix-huit mois, les professionnels avaient salué avec méfiance mais respect et beaucoup d’espoir l’arrivée de cette ministre volontaire et prête à faire valser les habitudes. Il y a moins d’un an, ils y croyaient encore. Favorablement impressionnés par les commissions de concertation, à quarante autour de la table, pour prendre le pouls et l’avis de la profession, avant la rédaction de la loi Alur. A l’exception du monde HLM, ils en sont tous revenus. Et critiquent, pêle-mêle, la manie de Cécile Duflot de communiquer avant d’agir, son manque d’écoute et son dogmatisme.

Surfeuse virtuose, elle a affiné sa méthode. Avant chaque texte, une interview bien ciblée lui assure le soutien du grand public. Annoncer l’encadrement des loyers, la garantie universelle, dénoncer les frais des agents immobiliers ou les abus des syndics… c’est du velours. Tout comme ressasser l’objectif des 500.000 logements annuel. Admettons que l’optimisme affiché soit de bonne guerre, lorsque les réformes sont imminentes. Le procédé est en revanche biaisé lorsque les chiffres n’en finissent pas de baisser. Lorsque l’on sait que, si la GUL est votée sur son principe, elle ne sera pas mise en oeuvre avant 2016 ! Que l’encadrement des loyers exige la création d’observatoires fins qui n’existent pas. Que cette mesure prise alors que la flambée est calmée depuis plusieurs années pourrait faire augmenter les loyers des plus pauvres et baisser ceux des plus aisés. Qu’elle est enfin critiquée par tous les spécialistes, universitaires, historiens ou économistes, comme un moyen infaillible de décourager les investisseurs alors que c’est justement de logements locatifs dont la France a besoin. Nés d’idées généreuses mais théoriques qui supportent mal le passage à la réalité, les nouveaux textes bardés de conditions, d’exceptions, de précautions censés éviter tout effet pervers en deviennent inapplicables, ou ratent leur cible initiale. Qu’importe la grogne, puisqu’ils passent ! Ce pourrait être un slogan. Qui risquerait d’installer, si ce n’est déjà fait, plus qu’une distance, une défiance entre le monde politique qui fait les lois et les professionnels qui en font les frais. Que se passe-t-il après ? Une fois le but politique atteint ? Pas grand-chose, mais personne n’en parle plus. « Il y a un moment où la dignité de la politique se mesure à ses résultats », a déclaré Vincent Peillon, le ministre de l’Education nationale, lui aussi sous le feu des critiques. A bon entendeur…

Les Echos Par Catherine Sabbah

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