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Le projet de la gauche va compliquer la vie des Franciliens

A l’occasion de la séance plénière du Conseil régional, retrouvez l’intervention, sur le thème de l’avenir de l’Ile-de-France, de Valérie Pécresse, chef de file de l’opposition.

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

Un an après, le SDRIF revient devant notre assemblée. Dans l’intervalle, le document adopté par le conseil régional aura été soumis à enquête publique.

J’avais déjà eu l’occasion de le dire lors de notre discussion l’an dernier : ce SDRIF repose sur un malentendu.

Il repose sur un malentendu parce que toute l’architecture du projet – je pense en premier lieu aux 70.000 nouveaux logements et aux 28.000 créations d’emplois par an – se fonde sur le déploiement rapide d’un nouveau réseau de transports, je veux bien sûr parler du Grand Paris.

Or, plus le temps passe, et plus tout porte à croire que ce Grand Paris au mieux sera retardé et plus vraisemblablement ne sera pas réalisé dans sa globalité.

L’an dernier j’attirais l’attention de notre assemblée sur les problèmes de financement du nouveau réseau, avec le refus du Gouvernement d’inscrire le milliard d’euros dont la Société du Grand Paris à besoin pour emprunter les fonds nécessaires à la réalisation des travaux.

Ces douze derniers mois, les nuages n’ont fait que s’amonceler sur ce projet. J’observe d’ailleurs que la recommandation n° 11 de l’enquête publique (NB : qui s’interroge sur le respect du calendrier du projet) traduit cette inquiétude.

La question du financement est plus épineuse que jamais.

A l’absence du milliard est venu s’ajouter le siphonage sans limite des crédits de la Société du Grand Paris par le STIF et par la région.

Je dis bien sans limite puisque si l’accord entre l’Etat et la Région que vous avez signé et que nous avons voté prévoit que la région peut utiliser jusqu’à 2 milliards de trésorerie de la SGP pour financer la rénovation des transports qui relève de sa compétence, la loi sur simplification et la sécurisation des entreprises, actuellement en discussion au Parlement, organise ce transfert de fonds sans aucun plafond.

Pour dire les choses clairement, toutes les conditions juridiques sont désormais réunies pour que la SGP finance à la place de la région la modernisation des transports, au détriment de la création de nouvelles lignes.

Notre inquiétude est d’autant plus grande que, sous la pression des Verts, vous réintroduisez dans ce SDRIF – c’est l’article 11 de la délibération qui nous est soumise – la question du tarif unique des transports.

Or, nous le savons tous, cette mesure coûte 550 millions d’euros par an. Où trouver l’argent quand l’overdose fiscale atteint déjà des sommets ? Où trouver l’argent quand on sait que, depuis les dernières élections régionales, les tarifs des transports ont déjà augmenté de +12 % (+15 % en zone 1-2) – trois fois plus que l’inflation – et que le STIF prévoit de les augmenter à nouveau de 3 % par an d’ici à 2025 ? Où trouver l’argent sinon, là encore, en puisant dans la trésorerie du Grand Paris ou en réduisant les investissements, c’est-à-dire en renonçant à faire ces lignes nouvelles, attendues par les Franciliens, et sur lesquelles repose tout l’équilibre du SDRIF ?

Oui, tout converge vers cet immense renoncement.

La dernière et meilleure preuve, c’est une autre des dispositions du projet de loi de simplification et de sécurisation des entreprises que je viens de citer, plus scélérate encore que celle sur le financement. Cette disposition autorise ni plus ni moins le gouvernement à modifier par ordonnance – c’est-à-dire sans débat public – le tracé du Grand Paris. Des tronçons entiers du projet vont ainsi pouvoir être supprimés sans que ce démantèlement ne fasse l’objet d’une discussion au Parlement.

Alors oui, je l’affirme, ce SDRIF n’est pas encore définitivement adopté qu’il est déjà caduc.

Doublement caduc même puisqu’aux menaces sur le Grand Paris s’ajoute une incertitude majeure sur l’organisation institutionnelle de notre région avec les débats, toujours au Parlement, sur la métropole du Grand Paris.

Aux termes de ce texte, la région risque de se retrouver dans cette situation assez paradoxale de ne pas pouvoir mettre en œuvre les décisions qu’elle aura elle-même prise, ayant entre temps dû céder des compétences à ce nouvel échelon administratif qu’est la métropole.

Comment dans ces conditions mettre en place un projet cohérent et fédérateur qui puisse réunir sinon l’ensemble des Franciliens, du moins leur très grande majorité ?

A l’évidence, les conditions ne sont pas réunies. Et c’est d’ailleurs le constat qui ressort très clairement de l’enquête publique : les Franciliens ne se sont pas appropriés votre projet.

En témoigne la décision du président de la commission d’enquête de prolonger de deux semaines l’enquête publique considérant, je cite, « la faible participation du public depuis le début de l’enquête ».

En témoigne surtout le constat établi par les rapporteurs de l’enquête publique eux-mêmes qui notent, je cite encore, « la difficulté d’appropriation du projet par le public », y compris une fois le public « informé et motivé ».

Au final, l’enquête a permis de recueillir 2.600 lettres ou observations ce qui, de l’aveu même de la commission est « relativement peu » pour un population de près de 12 millions d’habitants.

Cette indifférence, naturellement, nous ne nous en réjouissons pas. Mais il faut l’entendre et surtout tenter de la comprendre.

A notre sens, elle traduit plusieurs choses.

Elle traduit d’abord les doutes profonds des Franciliens sur les objectifs annoncés.

Pas plus que nous, les Franciliens ne croient que vous vous donnerez les moyens de faire le Grand Paris dans les délais annoncés.

Pas plus que nous, les Franciliens ne croient que, compte tenu de ce renoncement, l’objectif de 70.000 nouveaux logements et 28.000 nouveaux emplois par an est atteignable.

Ces convictions, les Franciliens ne les échafaudent pas en l’air. Ils les fondent sur des faits.

Vos objectifs économiques se fondent sur une croissance comprise entre 2 et 2,5 % par an. Je rappelle que la croissance a été nulle en 2012, sera à peine supérieure à 0 en 2013 et est attendue à moins de 1 % en 2014. Et compte tenu du matraquage fiscal tous azimuts pratiqué par le gouvernement et sa majorité, il est à craindre que même en cas de reprise mondiale, la France sera à la traîne.

Notre région le sera d’autant plus que fait unique au niveau international et dans notre histoire récente, la première région du pays n’est pas la locomotive qui tire l’ensemble du territoire. Partout ailleurs, la région-capitale a des taux de croissance supérieurs au reste du pays. Chez nous, c’est l’inverse. Le PIB francilien a reculé plus vite que le PIB national au plus fort de la crise et depuis, il progresse moins vite que sur le reste du territoire. Le chômage suit la même courbe avec 55.000 chômeurs supplémentaires rien que depuis le mois de juin, l’équivalent de la population d’une ville comme Evry ou Cergy.

A qui la faute ? Les facteurs sont sans doute multiples. Mais notre région a très clairement une grande part de responsabilité. Avec 21 euros par an et par habitant, n’est-elle pas en effet la dernière de France en matière de dépense par habitant pour l’action économique ?

Tout cela, les Franciliens le savent et, légitimement, cela nourrit leurs doutes quant aux objectifs que vous affichez.

28.000 emplois par an. A l’aune de votre politique et de celle du gouvernement que vous soutenez, c’est inatteignable. La preuve, en 2012, c’est 13.615 emplois – deux fois moins – qui ont été créés en Ile-de-France.

Les Franciliens nourrissent également des doutes sur vos perspectives en matière de logement.

Vous visez 70.000 nouveaux logements par an. Je vous rappelle que, d’après les propres chiffres du ministère du logement, c’est moins de 25.000 logements qui ont été mis en vente en 2012 et les chiffres des mises en chantier pour 2013 sont orientés à la baisse. J’ajoute que là encore, la politique menée par Cécile Duflot, qui paralyse le marché de l’immobilier, ne contribue qu’à freiner encore un peu plus un secteur déjà en proie à de graves difficultés.

En réalité, les Franciliens ne se sont pas appropriés votre SDRIF, parce qu’ils n’y croient pas.

Ils ne le se sont pas non plus appropriés parce qu’au fond, ce SDRIF est à l’image de votre façon de faire de la politique : idéologique et foncièrement technocratique.

Vous avez cru bon ironiser sur les 211 amendements que nous avons déposés à l’occasion de cette séance. Vous avez cru judicieux d’affirmer à la presse que c’était là la preuve de notre méconnaissance profonde de ce qu’était le SDRIF.

Permettez-moi de vous dire, que c’est vous qui faites fausse route.

Le SDRIF, c’est bien sûr une vision, un schéma global et un dessein d’avenir ; c’est la vision du Grand Paris, dont il faut bien reconnaître que c’est nous qui en avons la paternité.

Mais le SDRIF, c’est aussi, intégré dans ce schéma d’ensemble et déclinés partout sur le territoire, la multitude de ces projets locaux qui font le quotidien des Franciliens.

Nos 211 amendements ce sont, pour l’essentiel, 211 projets pour faciliter la vie de tous les jours. Nous l’assumons et nous le revendiquons.

Défendre un amendement qui peut faire gagner 10 minutes sur le temps de trajet domicile-travail le matin et le soir, ce n’est pas faire de l’obstruction. C’est assumer pleinement son rôle d’élu régional en améliorant le quotidien des Franciliens.

A votre vision idéologique, nous opposons une vision exigeante et pragmatique.

Oui le développement des transports en commun doit être la priorité de notre action. Mais oui, également, nous devons dès à présent faciliter la vie des Franciliens qui n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture pour se rendre à leur travail.

Oui il faut rééquilibrer notre territoire en développant les activités à l’est de la région. Mais ce rééquilibrage doit se faire par une croissance accrue à l’est et non en freinant artificiellement le développement des activités à l’ouest.

Oui, enfin, et j’en terminerai par là, il faut entendre ce que nous disent ces Franciliens qui votent avec leur pieds.

D’après une étude publiée par le Parisien, 50 % des Franciliens souhaiteraient quitter notre région. Rien que sur ces cinq derrières années, un million d’entre eux ont déjà quitté notre région pour s’installer en province. Le plus inquiétant se trouve peut-être encore dans le portrait de ces candidats à « l’exode ». Il s’agit majoritairement de familles, de jeunes et d’actifs. En clair, ce sont les forces vives de notre région qui nous quittent.

S’il fallait chercher à donner un sens à cet OVNI technocratique qu’est le SDRIF pour tenter de le rendre intelligible à chaque Francilien, on pourrait peut-être le définir ainsi.

Un bon SDRIF serait un document qui, une fois que vous l’aurez lu, vous donnerait envie de venir vous installer et de vivre avec votre famille en Ile-de-France.

Je crains malheureusement que tel qu’il est actuellement présenté, votre SDRIF n’attirera personne et ne dissuadera aucun candidat au départ hors de notre région.

Pour cela, il aurait fallu mettre en avant des objectifs de qualité de vie plutôt que, je cite le rapport de la commission d’enquête, une « croissance indéterminée de l’agglomération. »

Je vous remercie.

Retrouvez l’intervention de Mme PECRESSE sur le site du Groupe Mouvement Populaire d’Ile-de-France : http://www.ump-iledefrance.fr/

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