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Les quatre chantiers à risque de Vincent Peillon

Après la mise en place, dans la douleur, de la réforme des rythmes scolaires, le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, entend s’attaquer à la refonte du statut des professeurs, à de nouveaux programmes, à la carte scolaire ou encore à une réforme du collège.

C’est la première rentrée scolaire préparée entièrement par la gauche. L’an dernier, Vincent Peillon s’était contenté de mettre en musique une rentrée organisée par l’ancienne majorité. Cette année est aussi celle qui suit la loi sur la « refondation » de l’école, votée cet été. Des postes d’enseignants sont créés, une formation des enseignants rétablie sous la forme des « Espé » (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation). Et une réforme des rythmes scolaires est lancée à l’école primaire. Lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée jeudi, le ministre de l’Éducation nationale a vertement contre-attaqué face à ceux qui dans l’opposition, comme Benoist Apparu, lui reprochent une loi « fade ». La refondation de l’école implique « une action de long terme », rétorque-t-il. Elle intervient après « des années d’attaques cruelles contre l’école, une grande perte de confiance, des suppressions massives de postes ». Il dénonce avec force « l’attaque matérielle, mais aussi idéologique, morale ». Reste que les syndicats d’enseignants affirment ne pas voir de changements frappants dans leur quotidien. Car les 4200 postes supplémentaires programmés dans le second degré « vont être en partie gommés par la hausse des effectifs d’élèves », que le Snes chiffre à « 35.000 élèves ». Une critique un peu facile pour Vincent Peillon : « Quand on crée 7500 postes, on les voit. Quand il y a 39 % de recrutés en plus aussi. Et quand on touche une prime (400 euros pour les professeurs des écoles), on la touche ! » Après la mise en place, dans la douleur, de la réforme des rythmes scolaires, le ministre entend s’attaquer à quatre autres chantiers pour l’année scolaire 2013-2014 : « L’éducation prioritaire, le collège, une réflexion et des propositions sur le métier enseignant et tous les métiers autour, et la refonte des programmes scolaires ». Sur tous ces sujets très sensibles politiquement, son action sera scrutée avec attention au plus haut niveau de l’État. Sa réforme des rythmes scolaires est en effet pour l’instant restée au milieu du gué. Seules 4000 communes l’appliquent cette année. Sondage après sondage, les parents, eux, restent partagés sur cette réforme. Ils y voient surtout pour le moment un changement d’organisation à intégrer dans leur vie quotidienne plutôt que le retour d’un temps d’apprentissage le mercredi matin.

Les quatre chantiers pour l’année scolaire 2013-2014 :

La refonte du statut des professeurs Le ministère de l’Éducation se penchera jusqu’en février avec les syndicats sur le sujet très sensible du métier d’enseignant. Ira-t-il jusqu’à remettre en cause les décrets de mai 1950 qui régissent leurs missions ? Les projets en équipe ou le volontariat des professeurs n’ont aujourd’hui aucun impact sur leur évolution de carrière… Seules comptent leurs quinze heures ou dix-huit heures de cours devant les élèves. Un groupe de travail concernant les professeurs de l’enseignement secondaire abordera cette question brûlante. On se souvient que Ségolène Royal avait fait scandale, en 2006, en déclarant qu’il fallait que les enseignants soient plus présents dans les établissements. « Si aucune revalorisation financière n’est prévue, la révision des décrets de 1950 sur le statut des enseignants se fera a minima. Il ne s’agira alors que d’un dépoussiérage de pure forme », a prévenu Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa. Discuter du « métier » est « un sujet à risques », a confirmé Daniel Robin, cosecrétaire général du Snes, lors de la conférence de rentrée du syndicat, parce que la profession peut « avoir le sentiment qu’on essaie de la faire travailler plus qu’aujourd’hui ». Dans ce contexte, la prime de 400 € annuels accordée aux professeurs des écoles avant même d’avoir entamé les négociations sur le statut des professeurs est d’ores et déjà dénoncée par certains comme une erreur. Vincent Peillon, lui, répond qu’il n’est pas « sourd » face aux revendications catégorielles. « Mais les marges de manœuvre dont nous disposons sont toujours déterminées avec des priorités pédagogiques et des priorités d’estime. »

De nouveaux programmes en 2015 Il faut alléger les programmes ! Si les syndicats d’enseignants s’entendent sur cette conclusion, elle ne revêt pas la même teneur d’une organisation à une autre. « Les programmes Darcos de 2009 étaient trop injonctifs. Il faut laisser davantage de liberté pédagogique aux enseignants », estime Christian Chevalier à l’Unsa. « Nous attendons un recentrage sur les fondamentaux et les humanités. Et que l’on arrête avec la folie des “compétences” », lance Jean-Rémi Girard au Snalc. Affichés comme un retour aux fondamentaux - le « lire, écrire, compter » - les programmes Darcos symbolisent l’affrontement de deux visions de l’école, celle des « pédagogistes » et des « républicains ». Quelle ligne choisira Vincent Peillon ? « Un sujet comme les programmes peut mettre les gens dans la rue », aurait-il déclaré aux recteurs cet été. Il s’est engagé à mettre en place une instance indépendante. Le futur Conseil supérieur des programmes (CSP), composé de parlementaires, pédagogues et universitaires, se mettra en place dans les semaines à venir et planchera sur les programmes du premier degré et du collège. Depuis quelques mois, la rumeur donne Antoine Compagnon président. La nomination de cet écrivain et professeur au Collège de France comblerait le camp « républicain ». Au-delà des clivages, le CSP devra s’atteler à l’extrême densité des programmes, qui d’année en année accumulent de nouveaux enseignements. « Les premiers nouveaux programmes pourraient entrer en vigueur à la rentrée 2015 », affirmait Vincent Peillon le 26 août, évoquant d’ores et déjà « une langue étrangère dès le CP, un parcours d’orientation, d’information et de découverte des métiers, et la morale laïque »…

Le retour de la carte scolaire Insoluble problématique de la carte scolaire… En 2007, au nom de la liberté de choix des parents et de la mixité sociale, Xavier Darcos instaurait un « assouplissement » à ce principe de sectorisation. Il s’agissait également de mettre fin à des pratiques de contournement bien connues. Il y a un an déjà, Vincent Peillon annonçait, au nom de cette même mixité sociale, un retour à un système « plus rigide ». « L’assouplissement de la carte scolaire n’a pas généré de bouleversement au niveau national », mais il a eu des « effets pervers » avec des « établissements défavorisés encore plus ghettoïsés », conclut un rapport des inspections générales de l’Éducation nationale commandé par le ministre en 2012 et publié en août. « Les transferts d’élèves autorisés par les dérogations ont plus souvent renforcé des déséquilibres préexistants ou en ont créé de nouveaux », explique ce texte qui appuie les annonces de Vincent Peillon. Car il s’agit bien d’annonces. Symboliquement, le ministre, dans la circulaire de rentrée, a demandé aux directeurs académiques de ne plus traiter prioritairement les demandes de dérogation concernant les « parcours particuliers » (classes bilangues, à horaires aménagés pour la musique ou le sport). Mais tel était déjà le cas… « Nous sommes déjà en septembre 2013 et le chantier de la carte scolaire n’a toujours pas été ouvert. Aujourd’hui, l’école est moins mixte que les quartiers où elle se trouve », s’impatiente en cette rentrée Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat des personnels de direction. La question de l’éducation prioritaire - et avec elle celle de la redéfinition des zones - posée comme le chantier de l’automne du ministre devrait aborder indirectement ce sujet complexe impliquant également la politique de la ville.

Le collège en ligne de mire Après le primaire, Vincent Peillon veut s’attaquer cette année au collège. « Il y a beaucoup de souffrance, chez les élèves comme chez les professeurs », affirme-t-il. Va-t-il raviver à l’Assemblée le vieux débat relatif au concept du « collège unique » sur lequel une partie de la gauche et de la droite s’oppose ? Concept accusé par ses détracteurs d’être le « maillon faible » de l’Éducation nationale. Dans son interview de rentrée à L’Est républicain, le ministre a répondu que « si le collège unique, c’est donner à tous les enfants la même instruction et avoir la même exigence, il faut le conserver ». Les enseignements ne sont plus adaptés à tous les élèves, et suscitent chez certains l’hostilité, l’ennui. « Il faut changer les pratiques pédagogiques », ajoute-t-il. François Hollande avait insisté pendant la campagne présidentielle sur « l’importance du tronc commun » à maintenir pour les élèves. Un signal a été envoyé en ce sens la semaine dernière : un décret a supprimé les dispositions de la « loi Cherpion », votée en 2011 par l’ancienne majorité, qui permettait à des jeunes de 14 ans de débuter un apprentissage. La réforme du collège passera forcément par une refonte des programmes scolaires mais aussi par la valorisation des filières professionnelles, parents pauvres du système. Elle ne fera pas non plus l’économie d’une réforme de l’orientation, qui visera entre autres à respecter les choix des parents et de leurs enfants. Une douzaine d’académies et 117 collèges expérimenteront cette année « le dernier mot aux parents » concernant l’orientation de leurs enfants en fin de troisième. L’objectif « est d’identifier les conditions de réussite du processus d’orientation », selon le ministère.

Le Figaro Par Marie-Estelle Pech

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