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Réforme fiscale : le quitte ou double du quinquennat

Enlisés dans l’impopularité, François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’ont pas droit à l’erreur.

C’est un tournant du quinquennat. En annonçant la semaine dernière une grande remise à plat de la fiscalité, le premier ministre a tenté un coup de poker, qui le remet en selle et ouvre une nouvelle phase pour l’exécutif. Mais si l’annonce de la réforme a été bien accueillie à gauche, elle suscite aussi des doutes et des interrogations. Enlisés dans l’impopularité, François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’ont pas droit à l’erreur. Revue de détail d’un « quitte ou double », quelques mois avant des échéances électorales périlleuses.

• La réforme de la dernière chance

Hollande et Ayrault n’avaient pas le choix. Dans la tourmente de l’impopularité, confrontés à des mécontentements catégoriels tous azimuts, aux doutes de leurs troupes, ils devaient trouver un moyen de rebondir. Le chef de l’État, qui consultait à tour de bras, était sommé de remanier en profondeur son dispositif (gouvernement, Élysée, PS, etc.), ce dont il ne voulait pas. La proposition d’Ayrault est tombée à pic. « Le pays était encalminé, analyse le politologue Stéphane Rozes. Les jacqueries fiscales empêchaient l’exécutif de réformer. L’opération vise à créer un effet de souffle pour faire retomber la pression, tout en remettant les corps intermédiaires dans le jeu. » « Hollande et Ayrault n’avaient plus grand-chose à perdre », renchérit Jérôme Sainte-Marie, fondateur de PollingVox. En renouant avec cette promesse de campagne qui paraissait enterrée, les deux têtes de l’exécutif se redonnent un peu d’oxygène, ressoudent leur majorité, tout en étouffant la fronde fiscale. « La fronde fiscale aurait pu faire dévisser le quinquennat, analyse un député PS. On entrait dans une séquence qui ressemblait au CPE de Villlepin. Il fallait stopper l’hémorragie. »

• Le jour où Jean-Marc Ayrault a sauvé sa peau

« C’est une idée du premier ministre. » Dès la semaine dernière, les conseillers de l’Élysée assuraient que l’initiative venait de Matignon et restaient prudents sur le devenir du chantier. Hollande a lui-même semblé temporiser mercredi en précisant que cette réforme prendrait « le temps du quinquennat ». De là à voir dans cette offensive fiscale un coup de force du premier ministre, il n’y a qu’un pas que certains, dans la majorité, ont franchi. « Il n’en est rien, jure un proche d’Ayrault. C’est une répartition des rôles. Le président laisse le premier ministre sortir de la tranchée et voit comment le pays réagit. Ayrault démontre enfin son utilité. Mais si l’affaire ne marche pas, il en portera seul la responsabilité. Le président et lui ont des intérêts communs. » « Ça les arrange tous les deux », croit lui aussi un député PS. Pour Ayrault qui se redonne de l’air pour plusieurs mois, cette opération est un joli coup. Pour Hollande aussi. Le président se protège en se tenant en retrait. Mais il tire bénéfice du renforcement de son premier ministre. « C’est la même histoire que Sarkozy et Fillon, décrypte un pilier du groupe PS. Au début, le président entrave le premier ministre. Puis, ils sont condamnés à s’entendre. Avec cette opération fiscale, on assiste à une relégitimation du premier ministre et un repositionnement du couple exécutif. Hollande avait besoin d’un Ayrault qui retrouve de l’autorité, pour que lui-même puisse monter d’un cran. » Un député PS : « En donnant son feu vert à Ayrault, c’est le signe que le président n’a pas de meilleure carte pour Matignon. » Mais dans la majorité, beaucoup critiquent la méthode d’une offensive préparée dans le plus grand secret en court-circuitant Bercy. Ces dernières semaines, la tension était palpable entre Ayrault et Moscovici, que le premier ministre rend responsable de la fronde fiscale (Moscovici avait mis le feu aux poudres en évoquant le « ras-le-bol fiscal », fin août). « Attention, prévient un conseiller ministériel. Faire cette réforme en humiliant Bercy, ce n’est pas forcément un gage de réussite. »

• Un chantier à hauts risques pour l’exécutif

S’il présente de nombreux avantages, le pari de l’exécutif est périlleux. D’autant plus qu’un chantier aussi lourd aurait dû être lancé au début du quinquennat, jugent en privé des dirigeants PS. Le député écologiste Noël Mamère ne dit pas autre chose en public : « Ce n’est pas en état de disgrâce qu’on peut lancer une réforme fiscale de cette ampleur. » L’exécutif prend également le risque de voir s’éterniser un débat devenu ultrasensible, en plein « ras-le-bol fiscal ». Enfin, beaucoup se montrent sceptiques sur le résultat de la consultation : « Je suis favorable à cette remise à plat mais encore faut-il réussir, prévient un ministre. Et là, on se met la barre très haut. » « Soit l’opération fonctionne, soit ce sera les états généraux de 1789 », pronostique Stéphane Rozès.

Le Figaro Par Solenn de Royer

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